October 18, 2014
« La courtoisie d’un duc ou d’un personnage royal nous charme et nous ne songeons pas qu’elle est l’effet d’un mépris bien plus écrasant à notre égard que celui que témoigne brutalement un parvenu à ses domestiques et ses fournisseurs. Par sa grossièreté fanfaronne, le parvenu admet implicitement que sa supériorité est précaire. Un prince est si dédaigneusement certain de la sienne qu’il peut se permettre d’être poli. »
Aldous Huxley, Tour du monde d’un sceptique

« La courtoisie d’un duc ou d’un personnage royal nous charme et nous ne songeons pas qu’elle est l’effet d’un mépris bien plus écrasant à notre égard que celui que témoigne brutalement un parvenu à ses domestiques et ses fournisseurs. Par sa grossièreté fanfaronne, le parvenu admet implicitement que sa supériorité est précaire. Un prince est si dédaigneusement certain de la sienne qu’il peut se permettre d’être poli. »

Aldous Huxley, Tour du monde d’un sceptique

October 17, 2014

October 12, 2014
« La foi surprenante, naïve et inhumaine de tous les socialistes dans la vertu de l’éducation a transformé nos années scolaires en supplice et couvert le pays de camps de concentration. Chez nous, on éduque tout le monde, du plus petit jusqu’au plus grand, et tous doivent s’éduquer mutuellement. D’où les réunions, les meetings, les discussions, l’information politique, la surveillance, les contrôles, les activités organisées, les “samedis communistes” et les “émulations socialistes”. Et, pour les plus difficiles à élever : les travaux physiques les plus pénibles dans les camps, ceux auxquels aspirait le cher Tolstoï. Mais comment construire autrement le socialisme ? Tout cela était très clair pour le gamin de quinze ans que j’étais. Mais, demandez maintenant encore à un socialiste de l’Occident : que faut-il faire, en régime socialiste, des gens qui sont inaptes ? Les éduquer ! répondra-t-il. »
Vladimir Boukovsky, … et le vent reprend ses tours – Ma vie de dissident

« La foi surprenante, naïve et inhumaine de tous les socialistes dans la vertu de l’éducation a transformé nos années scolaires en supplice et couvert le pays de camps de concentration. Chez nous, on éduque tout le monde, du plus petit jusqu’au plus grand, et tous doivent s’éduquer mutuellement. D’où les réunions, les meetings, les discussions, l’information politique, la surveillance, les contrôles, les activités organisées, les “samedis communistes” et les “émulations socialistes”. Et, pour les plus difficiles à élever : les travaux physiques les plus pénibles dans les camps, ceux auxquels aspirait le cher Tolstoï. Mais comment construire autrement le socialisme ? Tout cela était très clair pour le gamin de quinze ans que j’étais. Mais, demandez maintenant encore à un socialiste de l’Occident : que faut-il faire, en régime socialiste, des gens qui sont inaptes ? Les éduquer ! répondra-t-il. »

Vladimir Boukovsky, … et le vent reprend ses tours – Ma vie de dissident

September 30, 2014
- Alliez-vous volontiers au lit, enfant ? 
Non, il fallait m’y forcer. Par la menace, par des promesses non tenues, par les coups parfois, mes parents pratiquant encore ce qui parait insupportable aujourd’hui, mais dont je garde le meilleur souvenir : la fessée. Il me fallait me violenter pour que j’aille au lit. 
- De quoi aviez-vous - avez vous toujours- besoin pour dormir ? 
Du sentiment que c’est un passage obligé mais que ça sera bref. Je me réjouis beaucoup des aubes. Plus concrètement, j’avais le doudou viril : un bâton. Pas comme un sceptre, mais parce que je voulais frapper, frapper encore. Dès que je voyais un contemporain, je voulais le bastonner. Notre monde contemporain, fait de douceur et de caresses, me désempare un peu. On ne frappe plus les enfants, on ne bastonne plus les domestiques, la femme est sacrée, je suis en manque de victimes ! J’ai encore quelques beaux restes de ce goût de la cruauté, mais ils s’épuisent désormais dans les mots. 
- Quel est votre pire cauchemar ? 
Je sais que je rêve puisqu’on nous assure que chacun le fait. Mais la seule réalité des rêves est le fugitif souvenir qu’on en a. Parfois, je déduis de mon état que j’ai dû rêver de choses tristes ou profondes. Mais j’ai rarement le souvenir d’un rêve assez longtemps pour le raconter. Je suis donc un mauvais analysant. Si un psy me demandait de lui décrire mes rêves pour cerner mon âme intranquille, je les lui inventerais. Selon ce qui pourrait lui lui faire plaisir, en fonction de son obédience. Comme je sais son besoin, et qu’il ignore le mien, j’alimente. Je peux détailler jusqu’à l’ébahir devant mes ressources oniriques ! 
- Pourquoi d’après vous, s’allonge-t-ton sur le divan pour se livrer ?
Parce que la position allongée est celle de l’abandon. On part de l’idée que l’homme allongée abolit ses limites, ses frontières et ses censures. Ça prédispose à une pensée libre, faite d’associations d’idées et de sonorités, où la parole cavalcade. L’horizontalité, elle, n’est qu’un relâchement. Or les psys aiment l’abandon : il faut la leur donner. 
- A quoi recourir en cas d’insomnie ? 
A la cigarette et au lire. Et si je manque d’égards vis-à-vis de qui m’entoure, je réveille, et je dis : parlons. Comme je ne me surprends pas, je m’ennuie moi même,. Aussi je réveille ma femme, qui me donne le simulacre de l’attention. Et je m’assoupis.
- Ne peut-on-trouver le repos que coucher ? 
Non. Je considère de manière générale que le repos est une grande fatigue. Je ne l’aime pas. Je n’aime pas l’incontinence. Et comme je pense qu’il n’est pas faux de tenter de vivre en se contenant, je n’aime pas l’abandon du repos. Je me repose surtout en changeant mentalement le théâtre de mes opérations. 
- Inversement, votre métier nécessite-t-il que vous l’exerciez en position debout ? 
Oui. Dans les plus beaux moments, ceux de la parole, l’avocat est toujours debout. Mais il faut faire attention avec la verticalité, qu’elle ne soit pas prise pour une volonté de dominer. Dès que possible, je me lève pour parler. La parole est chez moi profondément liée à cette station. Les péripatéticiens ne pouvaient penser qu’en déambulant, moi je ne peux parler que debout. 
- La station debout est-elle ce qui distingue en premier lieu l’humanité ? 
Si nous devions philosopher au débotté, nous savons tous depuis la géométrie euclidienne qu’il y les abscisses et les ordonnées. Ou en linguistique, les paradigmes et les syntagmes. Je suis porté d’avantage vers la verticalité que vers l’horizontalité. En tout. En termes d’identité, la mienne est une filiation. Pas une appartenance. J’ai le sentiment d’abord d’être un descendant. C’est le sang contre le sol. J’aime ce qui hiérarchise. Je ne crois pas un instant en l’idée d’égalité. Tout mon être s’y oppose. Je ne pense que, sous prétexte d’appartenir à la même communauté humaine, il n’y ait pas lieu de nous distinguer. Je pense que les gens sont totalement différents, que nous n’avons rien à faire les uns avec les autres, que fondamentalement nous n’avons rien à nous dire sauf par contrainte sociale. Je ne reconnais personne dans une fraternité autre qu’élective. Je pense que les hommes sont joyeusement inégaux : il y a les êtres stellaires et il y a des gueux, et la répartition ne recoupe pas forcément les pauvres et les riches. Il y a des intelligences supérieures - la signature de l’homme reste son intelligence - et d’abyssalement inférieures. Et quand j’exalte l’intelligence, je ne fais que dire le mépris que j’ai de moi même…
- Aimez-vous le spectacle de l’horizon ? 
J’aime la ligne de l’horizon car elle est indépassable. Elle contient la tentation de la transgression. Et si l’horizon prétend clore le monde, inévitablement je cherche à voir ce qu’il y au-delà. Je pense aussi que cet au-delà rassemble. Il y a un lieu, que je situe derrière cette frontière, où les intelligences se parlent, s’entrelacent et se reconnaissent. J’aime l’horizon pour cet au)delà métaphorique, où se réalise la difficile, éphémère et tellement fragile entente des hommes. 
- Comment imaginez-vous votre dernière couche ? 
Je préférais dormir debout ! Je préfèrerais, comme tout le monde, la mort brutale, sans couche. Si possible, je voudrais ne pas être alangui, ne pas décliner, ne pas geindre, ne pas peser. Ma mère, figure, cardinale de ma vie, ne voulais pas mourir laide. Quant à moi, je ne voudrais pas non plus ajouter par le spectacle le chagrin à la douleur. Au fond, je voudrais mourir en parlant, même intérieurement. Mourir d’un coup de trop. Mourir d’un mot de trop, auquel soudainement je croirais. Non, j’ai trouvé : dire ce que je pense et en mourir. “
Marc Bonnant

- Alliez-vous volontiers au lit, enfant ?

Non, il fallait m’y forcer. Par la menace, par des promesses non tenues, par les coups parfois, mes parents pratiquant encore ce qui parait insupportable aujourd’hui, mais dont je garde le meilleur souvenir : la fessée. Il me fallait me violenter pour que j’aille au lit.

- De quoi aviez-vous - avez vous toujours- besoin pour dormir ?

Du sentiment que c’est un passage obligé mais que ça sera bref. Je me réjouis beaucoup des aubes. Plus concrètement, j’avais le doudou viril : un bâton. Pas comme un sceptre, mais parce que je voulais frapper, frapper encore. Dès que je voyais un contemporain, je voulais le bastonner. Notre monde contemporain, fait de douceur et de caresses, me désempare un peu. On ne frappe plus les enfants, on ne bastonne plus les domestiques, la femme est sacrée, je suis en manque de victimes ! J’ai encore quelques beaux restes de ce goût de la cruauté, mais ils s’épuisent désormais dans les mots.

- Quel est votre pire cauchemar ?

Je sais que je rêve puisqu’on nous assure que chacun le fait. Mais la seule réalité des rêves est le fugitif souvenir qu’on en a. Parfois, je déduis de mon état que j’ai dû rêver de choses tristes ou profondes. Mais j’ai rarement le souvenir d’un rêve assez longtemps pour le raconter. Je suis donc un mauvais analysant. Si un psy me demandait de lui décrire mes rêves pour cerner mon âme intranquille, je les lui inventerais. Selon ce qui pourrait lui lui faire plaisir, en fonction de son obédience. Comme je sais son besoin, et qu’il ignore le mien, j’alimente. Je peux détailler jusqu’à l’ébahir devant mes ressources oniriques !

- Pourquoi d’après vous, s’allonge-t-ton sur le divan pour se livrer ?

Parce que la position allongée est celle de l’abandon. On part de l’idée que l’homme allongée abolit ses limites, ses frontières et ses censures. Ça prédispose à une pensée libre, faite d’associations d’idées et de sonorités, où la parole cavalcade. L’horizontalité, elle, n’est qu’un relâchement. Or les psys aiment l’abandon : il faut la leur donner.

- A quoi recourir en cas d’insomnie ?

A la cigarette et au lire. Et si je manque d’égards vis-à-vis de qui m’entoure, je réveille, et je dis : parlons. Comme je ne me surprends pas, je m’ennuie moi même,. Aussi je réveille ma femme, qui me donne le simulacre de l’attention. Et je m’assoupis.

- Ne peut-on-trouver le repos que coucher ?

Non. Je considère de manière générale que le repos est une grande fatigue. Je ne l’aime pas. Je n’aime pas l’incontinence. Et comme je pense qu’il n’est pas faux de tenter de vivre en se contenant, je n’aime pas l’abandon du repos. Je me repose surtout en changeant mentalement le théâtre de mes opérations.

- Inversement, votre métier nécessite-t-il que vous l’exerciez en position debout ?

Oui. Dans les plus beaux moments, ceux de la parole, l’avocat est toujours debout. Mais il faut faire attention avec la verticalité, qu’elle ne soit pas prise pour une volonté de dominer. Dès que possible, je me lève pour parler. La parole est chez moi profondément liée à cette station. Les péripatéticiens ne pouvaient penser qu’en déambulant, moi je ne peux parler que debout.

- La station debout est-elle ce qui distingue en premier lieu l’humanité ?

Si nous devions philosopher au débotté, nous savons tous depuis la géométrie euclidienne qu’il y les abscisses et les ordonnées. Ou en linguistique, les paradigmes et les syntagmes. Je suis porté d’avantage vers la verticalité que vers l’horizontalité. En tout. En termes d’identité, la mienne est une filiation. Pas une appartenance. J’ai le sentiment d’abord d’être un descendant. C’est le sang contre le sol. J’aime ce qui hiérarchise. Je ne crois pas un instant en l’idée d’égalité. Tout mon être s’y oppose. Je ne pense que, sous prétexte d’appartenir à la même communauté humaine, il n’y ait pas lieu de nous distinguer. Je pense que les gens sont totalement différents, que nous n’avons rien à faire les uns avec les autres, que fondamentalement nous n’avons rien à nous dire sauf par contrainte sociale. Je ne reconnais personne dans une fraternité autre qu’élective. Je pense que les hommes sont joyeusement inégaux : il y a les êtres stellaires et il y a des gueux, et la répartition ne recoupe pas forcément les pauvres et les riches. Il y a des intelligences supérieures - la signature de l’homme reste son intelligence - et d’abyssalement inférieures. Et quand j’exalte l’intelligence, je ne fais que dire le mépris que j’ai de moi même…

- Aimez-vous le spectacle de l’horizon ?

J’aime la ligne de l’horizon car elle est indépassable. Elle contient la tentation de la transgression. Et si l’horizon prétend clore le monde, inévitablement je cherche à voir ce qu’il y au-delà. Je pense aussi que cet au-delà rassemble. Il y a un lieu, que je situe derrière cette frontière, où les intelligences se parlent, s’entrelacent et se reconnaissent. J’aime l’horizon pour cet au)delà métaphorique, où se réalise la difficile, éphémère et tellement fragile entente des hommes.

- Comment imaginez-vous votre dernière couche ?

Je préférais dormir debout ! Je préfèrerais, comme tout le monde, la mort brutale, sans couche. Si possible, je voudrais ne pas être alangui, ne pas décliner, ne pas geindre, ne pas peser. Ma mère, figure, cardinale de ma vie, ne voulais pas mourir laide. Quant à moi, je ne voudrais pas non plus ajouter par le spectacle le chagrin à la douleur. Au fond, je voudrais mourir en parlant, même intérieurement. Mourir d’un coup de trop. Mourir d’un mot de trop, auquel soudainement je croirais. Non, j’ai trouvé : dire ce que je pense et en mourir. “

Marc Bonnant

September 30, 2014

" Je ne puis quitter le monde sans décrire brièvement l’espèce de vie que j’y ai menée depuis quelques années ; elle est exactement la même que celle de mes coupables confrères.

Quoique nous soyons, en général, si corrompus dès notre enfance que nous n’ayons aucun sentiment du bien, cependant nous avons toujours quelque chose qui nous pèse. Je ne sais ce que c’est, mais nous ne sommes jamais à notre aise que nous ne soyons à moitié ivres, au milieu des filles et de nos camarades ; et nous ne dormons pas bien si nous n’avons pas bu à ne pouvoir plus nous tenir debout. Si nous sortons dans le jour, un homme entendu peut aisément nous reconnaître au visage pour ce que nous sommes, tant nous avons l’air soupçonneux, craintifs et contraints, souvent faisant volte-face, et nous enfonçant dans les ruelles et les allées étroites. Je n’ai jamais manqué de reconnaître un confrère à sa physionomie, quoique je ne l’eusse jamais vu auparavant. Tout homme parmi nous a sa maîtresse à lui, qui n’en est pas moins commune à tous, quand nous avons envie de changer. Quand nous avons du butin, si c’est de l’argent, nous le partageons également entre nos compagnons, et il est bientôt dépensé pour satisfaire nos vices dans les maisons qui nous reçoivent, car le maître et la maîtresse, et jusqu’au garçon de cabaret, ont leur part du gâteau ; et en outre ils nous font payer triple. Si nous avons volé de l’argenterie, des montres, des bagues, des tabatières et autres objets semblables, nous avons dans tous les quartiers de la ville des pratiques pour nous en défaire.

J’ai vu un pot à couvercle valant quinze livres sterling être vendu à un homme de …. Street pour vingt shillings, et une montre d’or pour trente. J’ai consigné son nom, et celui de plusieurs autres, dans le papier sus-mentionné. Nous avons des compères à l’affût, au coin des rues et dans l’ombre des murs, pour nous avertir quand arrive un gentleman, particulièrement s’il est un peu pris de vin. Je crois en conscience que si on dressait le compte d’un millier de livres d’objets volés, vu le bas prix auquel nous les vendons, ce que nous devons payer aux receleurs, les extorsions du cabaret, et les autres frais nécessaires, il ne resterait pas cinquante livres net à diviser entre les voleurs. Et là- dessus nous devons trouver des vêtements pour nos maîtresses, qu’il faut en outre régaler du matin au soir, et qui, en retour, ne nous récompensent que par la trahison et la vérole. Car lorsque notre argent est parti, elles sont toujours à nous menacer de nous dénoncer si nous n’allons pas en chercher d’autre. Si quelque chose en ce monde ressemble à l’enfer tel que noire clergé nous le décrit, ce doit être IV.rrière salle d’un de nos cabarets, à minuit, lorsqu’une bande de voleurs et de filles est réunie après un bon coup et commence à se soûler à partir de ce moment jusqu’à ce qu’ils aient perdu la raison : c’est un si continuel et si horrible bruit d’imprécations et de blasphèmes, un tel mélange de luxure, de sale bouffonnerie et d’actions brutales, de tels rugissements et une confusion telle, un tel vacarme de pots et de gobelets jetés à la tête, que Bedlam, en comparaison, est un lieu décent et plein d’ordre. A la fin, ils tombent tous de leurs escabeaux et de leurs bancs et dorment le reste de la nuit ; et généralement le cabaretier ou sa femme, ou quelque autre catin qui a la tête plus forte que le reste, vide leurs poches avant qu’ils s’éveillent. Le malheur est que nous ne pouvons jamais être en repos que nous ne soyons soûls, et notre ivresse nous expose constamment à être plus aisément vendus et pris.

Tel est l’abrégé de la vie que j’ai menée, et qui est plus misérable que celle du plus pauvre journalier travaillant pour huit sous par jour; et cependant l’habitude est si forte, que, j’en suis convaincu, si je pouvais m’échapper au pied de la potence, je recommencerais ce soir même. De sorte qu’eu somme on doit nous regarder comme les ennemis du genre humain dont l’intérêt est de nous exterminer comme les loups et autres animaux malfaisants, sans être retenu par aucune considération.

Si j’ai rendu service aux hommes dans ce que j’ai dit, j’espérerais aussi avoir servi Dieu ; et cela vaudra mieux qu’un sot discours qu’on m’aurait fabriqué, tout plein de pleurnicheries et d’hypocrisie, que je méprise profondément, et dont je n’ai jamais eu l’habitude. Cependant je m’attends bien qu’on en a un tout prêt à m’écorcher les oreilles quand je passerai dans les rues. -

Bonnes gens, adieu. Tout mauvais que je suis,j’en laisse de pires après moi. J’espère que vous me verrez mourir en homme de la mort d’un chien.

Jonathan Swift, DERNIÈRES PAROLES D’EBENEZER ELLISTON, Au moment d’être exécuté, le deuxième jour de mai 1722.

September 25, 2014
“Drinking’s funny. When I look back on it, all of our important decisions have been figured out when we were drinking. Even when we talked about having to cut back on drinking, we’d be sitting at the kitchen table or out at the picnic table with a six-pack or whiskey.” 
“A man without hands came to the door to sell me a photograph of my house.” 
Raymond Carver, What We Talk About When We Talk About Love

“Drinking’s funny. When I look back on it, all of our important decisions have been figured out when we were drinking. Even when we talked about having to cut back on drinking, we’d be sitting at the kitchen table or out at the picnic table with a six-pack or whiskey.”

“A man without hands came to the door to sell me a photograph of my house.”

Raymond Carver, What We Talk About When We Talk About Love

September 15, 2014

September 14, 2014

Peut être faut-il être un génie pour accoucher d’un lieu commun, peut-être ; en rappeler les plus essentiels est chose encore plus périlleuse. On risque d’ennuyer son auditoire, de faire le malin, d’être plat…il est conseillé à cet effet d’être : beau, éloquent, avec un bon débit, de ne pas se répéter, enfin ne pas alourdir les esprits renseignés ; en un mot comme en mille : de divertir.

September 10, 2014

September 9, 2014

" J’ai pensé souvent à cela: comment se fait-il que dans les guerres, le visage de la mort, qu’il s’agisse de nous ou qu’il s’agisse d’autrui, nous semble sans comparaison moins effroyable que dans nos propres maisons? C’est qu’autrement ce ne serait qu’une armée de médecins et de pleurnichards. Je me suis demandé aussi,  la mort étant toujours elle-même, comment il se faisait qu’il y ait beaucoup plus de sérénité parmi les villageois et les gens de basse condition que chez les autres. Je crois, en vérité, que ce sont les mines que nous prenons et les cérémonies effroyables dont nous l’entourons, qui nous font plus de peur qu’elle-même.

Une toute nouvelle façon de vivre, les cris des mères, des femmes et des enfants, la visite de personnes stupéfaites et émues, l’assistance de nombreux valets pâles et  éxplores, une chambre obscure, des cierges allumés, notre chevet assiégée par des médecins et des prêcheurs : en somme, effroi et horreur tout autour de nous. Nous voilà déjà ensevelis et enterrés. Les enfants ont peur même de leurs amis quand ils les voient masqués. De même pour nous. Il faut ôter le masque, aussi bien des choses que des personnes; quand il sera ôter, nous ne trouverons dessous que cette même mort par laquelle un valet ou une simple chambrière passèrent dernièrement sans peur.

Heureuse la mort qui ne laisse pas le temps d’une telle mascarade ! “

Montaigne, Essai I, Chapitre 23.

September 9, 2014

September 5, 2014
" Imagine, mon ami, ce que c’est que de voir couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des Catons, des Brutus, auxquels il ne manque même pas l’air dédaigneux que devaient avoir les maîtres du monde; ces gens-ci ne possèdent qu’une couverture, dans laquelle ils marchent, dorment et sont enterrés, et ils ont l’air aussi satisfait que Cicéron le devait être de sa chaise curule. Je te le dis, vous ne pourrez jamais croire à ce que je rapporterai parce que ce sera bien loin de la vérité et de la noblesse de ces natures. L’antique n’a rien de plus beau. " 
Delacroix

" Imagine, mon ami, ce que c’est que de voir couchés au soleil, se promenant dans les rues, raccommodant des savates, des personnages consulaires, des Catons, des Brutus, auxquels il ne manque même pas l’air dédaigneux que devaient avoir les maîtres du monde; ces gens-ci ne possèdent qu’une couverture, dans laquelle ils marchent, dorment et sont enterrés, et ils ont l’air aussi satisfait que Cicéron le devait être de sa chaise curule. Je te le dis, vous ne pourrez jamais croire à ce que je rapporterai parce que ce sera bien loin de la vérité et de la noblesse de ces natures. L’antique n’a rien de plus beau. "

Delacroix

August 28, 2014

August 18, 2014
croquissartoriaux:




Ma…che sprezzatura? What’s “Italian style”? I sware I just took the first random jacket I found, the first hat… to get a walk!
Look, I didn’t even had the time to strap my monks!

croquissartoriaux:

Ma…che sprezzatura? What’s “Italian style”? I sware I just took the first random jacket I found, the first hat… to get a walk!

Look, I didn’t even had the time to strap my monks!

August 11, 2014
" La marée montant des crimes, disent les journaux. Allons donc ! Quoique engloutis pour la plupart dans le secret des confessions, les assassinats abondent surtout aux siècles de croyances et d’ardeur, au Moyen-Age, à la Renaissance, les gens alors vivaient librement, puissamment, dangereusement. C’est l’époque moderne qui doit, au contraire, à mon avis, compter le moins de crimes. Les formules encore pesantes d’une morale vidée pour la plupart de son contenu, la résignation hébétée, la veule acceptation de tout, les chaînes plus lourdes, la peur de fouets plus nombreux interdisent chaque jour davantage tout écart un peu vif au morne troupeau des hommes. Il a, il est vrai, les guerres pour satisfaire maintenant ses instincts. Mais son sadisme doit se contenter, en temps de paix, d’une délectation passive. Délectation qui n’est d’ailleurs pas non plus une chose nouvelle. Au Moyen Age on la nourrissait de temps en temps de quelque bon écartèlement public de condamné. Les complaintes propagées jusqu’au fond des campagnes ont ouvert la voie aux révélations savamment détaillés dont notre presse honore les crimes.”
Céline

" La marée montant des crimes, disent les journaux. Allons donc ! Quoique engloutis pour la plupart dans le secret des confessions, les assassinats abondent surtout aux siècles de croyances et d’ardeur, au Moyen-Age, à la Renaissance, les gens alors vivaient librement, puissamment, dangereusement. C’est l’époque moderne qui doit, au contraire, à mon avis, compter le moins de crimes. Les formules encore pesantes d’une morale vidée pour la plupart de son contenu, la résignation hébétée, la veule acceptation de tout, les chaînes plus lourdes, la peur de fouets plus nombreux interdisent chaque jour davantage tout écart un peu vif au morne troupeau des hommes. Il a, il est vrai, les guerres pour satisfaire maintenant ses instincts. Mais son sadisme doit se contenter, en temps de paix, d’une délectation passive. Délectation qui n’est d’ailleurs pas non plus une chose nouvelle. Au Moyen Age on la nourrissait de temps en temps de quelque bon écartèlement public de condamné. Les complaintes propagées jusqu’au fond des campagnes ont ouvert la voie aux révélations savamment détaillés dont notre presse honore les crimes.”

Céline